Est-ce que voir des multinationales faire de la réclame pour tenter de s'octroyer les faveurs de nos nouveau-nés alors qu'il ne s'agit que de produits de consommation d'adultes n'est pas le reflet de leur angoisse la plus sourde de se savoir éminemment éphémères et périssables ? Bien plus que d'un soucis mercantile à vouloir conquérir de nouveaux marchés (surtout des nouveaux-nés qui justement ne marchent pas encore) n'est-ce pas l'aveu de leur immense fragilité : sans nous elles ne sont rien, sans nos enfants elles disparaîtront. Point.
Tout paradoxale que cela puisse paraître, Nestlé, Danone et Dassault comme bien d'autres ont peur de mourir. Bien plus que moi. Et je ne parle même pas des maisons de disques (pour une fois). Ces grands groupes entassent sous eux des montagnes d'or lourd en trésorerie pour sauver leur rendement en espérant conjurer le prochain jeudi noir, plus guère préoccupés qu'à essayer de flagorner l'actionnaire par quelques promesses à deux chiffres. Ils découvrent, pétris d'effroi et naïfs d'avoir été trop occupés à se goinfrer à la noce, que leurs mariages consanguins, incestueux et leurs fusions, fusionnelles et cannibales, n'accouchèrent de rien. Désormais ils se rachètent leurs propres actions comme on se sucerait soi-même la bite. Stérile : le serpent monétaire qui se mord la queue, l'animal capitaliste tourne en rond tel un chien à demi fou, bientôt à vide ?
Je m'amuse souvent à entendre quelques-uns hurler au loup à propos de la fortune d'un Bill Gates patron de la Microsoft, une des plus grosses à ce qu'il paraît (de fortune je veux dire). Son empire s'est bâti en à peine une décennie. Combien croyez-vous qu'il faille d'années (noires) pour que cet empire sombre ?
Chacun sait depuis les débuts de l'Humanité (pas le journal svp) que l'homme s'en sort toujours, mais pas forcément ce qu'il construit. Tout simplement parce que nous sommes éternels (grâce à dieu ? Non merci : grâce à la reproduction et aux galipettes qui vont avec) mais pas nos entreprises (contrairement à ce que les publicitaires cherchent à prétendre presque auto-convaincus par leur propre babillage nombrilistiquissime).
Est-ce seulement mon cheminement personnel qui m'amène à penser une telle chose ? Est-ce mon complexe d'infériorité qui s'ébranle et qui me fait me rendre compte enfin que décidément ces grandes entreprises ne sont pas si terribles que ça, que le pouvoir comme ma vie est entre mes mains, pas dans les leurs ? Certainement.
Aujourd'hui je jubile un brin à piquer quelques marchés à ces mammouths prétentieux avec mes petits doigts musclés quand naguère je m'imaginais victime de leur voracité. Et si j'ai sans doute eu tort pour mon confort personnel de refuser jusqu'à l'obstination de leur manger dans la main en un temps, ou pire de le leur demander, s'il est des sacrifices dont l'amertume laissée est longue à se dissiper, je sais désormais que ces empires industriels sont au moins aussi fragiles que moi, et que n'importe lequel d'entre nous.